2015-1
Les bonnes résolutions sont une coutume qui consiste, au passage de la nouvelle année, à prendre un ou plusieurs engagements envers soi-même pour améliorer son comportement, une habitude ou son mode de vie durant l’année à venir. La nouvelle année et son cortège de bonnes résolutions approchent donc à grands pas. C’est l’époque des bilans, mais aussi celle des grands changements censés améliorer nos existences imparfaites !

Julie Montaudona demandé à Rusla Vial, psychologue psychanalyste, de nous expliquer ce phénomène hautement traditionnel.

Pourquoi prend-on de bonnes résolutions ?

On vit dans une société où la pression est permanente. On se doit aujourd’hui d’être toujours plus mince, jeune, beau, performant. Le surpoids par exemple, comme les addictions de toutes sortes (café, cigarettes…) sont autant de signes de faiblesses. La volonté personnelle devient une valeur de plus en plus incontournable. Un peu à l’américaine, je le veux, je le peux ! C’est le yes, we can ! de la campagne présidentielle appliqué aux existences individuelles. La nouvelle année est depuis longtemps l’occasion de redémarrer sur de nouvelles bases.

N’y-a-t-il pas également une idée de bilan ?

Mais bien sûr, c’est comme si il y avait un avant et un après, une césure symbolique. Un des sens du mot résolution a trait à la dissolution, à la révocation d’un contrat, ou d’une vente, par exemple. Le mot peut aller jusqu’à signifier la désagrégation. Vous connaissez le proverbe : Du passé faisons table rase ! C’est comme si la nouvelle année permettait de se refaire une sorte de virginité. On fait le bilan de son année passée, en listant le bon et le mauvais et on se fixe plusieurs objectifs pour réaliser ce que l’on estime nécessaire à l’amélioration de son existence.

On fait beaucoup de bilans dans la vie professionnelle, il peut être très tentant d’appliquer ces principes d’organisation à la vie personnelle. Même si ça ne peut pas toujours être aussi simple !

Et pourquoi a-t-on généralement tant de mal à les tenir ?

La Rochefoucauld disait dans ses Mémoires : Il faut tenir à une résolution parce qu’elle est bonne et non parce qu’on l’a prise ! Les magazines féminins vous dirons que vous n’y arrivez pas parce que vous visez tout de suite trop haut, vous vous fixez des buts irréalistes. Leur conseil sera de commencer petit, raisonnable. La vérité se situerait plutôt dans la question suivante : qu’est-ce qu’on veut changer de soi réellement ? Rien peut-être finalement. Dire qu’on va changer semble en soi suffisamment jouissif, surtout lorsqu’on ne change rien ! Mon propos ne sera certainement pas très politiquement correct, mais la vie ne va pas s’améliorer (ou temporairement peut-être) sous prétexte que vous réussirez à vaincre votre surpoids supposé, ou votre addiction à la cigarette ou votre désorganisation chronique. C’est la cause plus profonde de ces « travers » qui est éventuellement à travailler, si ils vous rendent réellement la vie impossible.

 A quoi servent vraiment ces fameuses bonnes résolutions ?

Elles permettent instantanément de se sentir mieux avec soi-même, elles fonctionnent comme une sorte de doudou, de mantra rassurant. Prendre une bonne résolution c’est déjà avoir l’illusion de commencer à s’occuper de soi, même si c’est dur de se faire du bien ! Les gens ne sont pas si naïfs. Ils sont loin de croire dur comme « faire » à leur aptitude au changement radical ! Ce qui compte, c’est le pouvoir de l’invocation, de la pensée dite « magique », de la date symbolique… C’est aussi, et en fait ce n’est peut-être que cela, une affaire de vitalité désirante. Continuer de croire que l’on peut se dépasser et se surprendre soi-même, c’est rester vivant.